A cette jeune pharmacienne…

Un texte de Stefania Casalfiore

*

De quelle(s) couleurs(s) étaient ses yeux ? Depuis trois jours, j’ai suspendu la question.

Depuis trois jours, les contours d’un visage se dessinent puis se floutent, se révèlent puis s’onirisent. Des lignes et des courbes d’un visage dont je fais l’expérience. Celle de l’étrangeté de ma propre face mais aussi celle du visage de l’autre lorsque ses yeux se baissent pour connecter son cœur au mien, pour communier à mon humanité en désarroi.

Il y a quelque chose d’ambigu dans la pudeur. Comme une honte partagée, comme une honte pardonnée, que l’autre lisse de douceur. Un regard détourné qui voit pourtant, au-delà, au plus profond du puits des émotions que je tente de contenir, la lutte contre la perte de soi. Elle avait lu la prescription, lourde de sens, la pharmacienne.

Mais aujourd’hui, mais ces jours-ci, elle étend son regard reliant vers tout qui pousse la porte de son officine. Tous, ils sont les autres dont elle fera l’expérience du visage et pour qui elle fera le pari de la compassion, inlassablement, comme si, le sait-elle déjà, elle avait choisi sa propre peine pour un temps qu’elle ne détermine pas. Il n’y avait finalement entre nous que la suspicion d’un virus, et un plexi pour l’en protéger.

A cette jeune pharmacienne du jeudi.

 

 

 

illustration: Girl | Quinn Dombrowski via Flickr CC License by

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