Il faut dire le coût du simple

Il faut dire le coût du simple. L’ardeur que requiert la liberté. On la croit dans l’ailleurs, elle est très en dedans. Commencer un matin par jeter ce qui remplit l’espace. La carapace, mais aussi son environnement. Plus on vide les placards, les piles et les listes, plus on évide, croit-on ce qui encombre l’âme. Mon corps ce tronc massif. Mon esprit ce magma sous pression. Mes mains pleines, mon ventre lourd, mes épaules sous ce joug.
Mais écoper prend ce temps que l’on quête. On s’oublie dans le geste d’oublier. On trie trois mois de journaux et cinq heures passent sans laisser filtrer la faim. La lumière a décru dans l’espace libéré, la fatigue a mangé cette liberté acquise. Le soir nous laisse pantelant. Sisyphe absurde. Que faut-il faire ? Faut-il faire ? Faut-il? Quand falloir est-il le verbe utile à libérer l’homme ?

On rêve d’incendie, même si on craint la dévastation. On imagine le destin choisir ce qu’il nous resterait. Se résoudre à ne plus trouver que l’once d’un essentiel. Et alors pleurerait-on ? Seulement ce qu’il nous resterait en souvenance. Le revers sombre de la liberté, ce trou mémoriel. Il n’y a aucune liberté dans l’amnésie, dans les visages sauvagement effacés, dans les années ramassées en mille-feuilles, indistinctes, passagères.

Le coût du simple, serait-ce cette crainte de se dépouiller jusqu’aux os, et de s’affaler flasque dans les couloirs anonymes d’un monde surpeuplé d’égos ?

Demain, une autre pile. Demain, pépite dans l’harassement : un visage, un dire excavés. Une gemme, une simple gemme.

 

 

 

(dessin : Annaëlle Bruyaux)

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