[coquelicots de cendres]

vint l’âge des grâces

valant toutes les danses

occultées désormais au contours des morts

 

 

 

c’était par peu de feu,

à peine l’heure de choir de l’ange à l’homme

une seconde disait-on auparavant,

un zeste de clepsydre

 

 

 

ce jour-là se passait de commencement

et brûlait sa fin dans le fleuve

des apaisements suprêmes

car vains

 

 

 

dans un frisson solitaire

les paumes accouchaient de flammes vermeilles

coquelicots veinés par vent

vol et vétilles d’âme

 

 

un cri très tendu sur le tendre

à l’angle de la gorge et du sternum

émoussé de sanglots

saluait l’émergence du rêve enclos

 

 

c’était un spectacle déchirant

certains suaient ainsi de songes

pendant cent nuits de spasmes écarlates

des racines se mouvaient sous leur corps

des frondaisons s’inclinaient à se rompre

cou tendu à la source incandescente

 

 

 

tant de pavots suintaient d’entailles profondes

tant de pieds pleuraient leur lot de corolles

liesse de chrême et myrrhe

délicatesse ourdie étrangement

par l’ouvrage

de nos manques

 

 

 

où étions-nous hurlaient nos bras

où étions nous quand

tant de fastueux destins se pressaient sous l’épiderme quand

nos veines filaient la geste de visions quand

nos pieds abrasaient la cendre

où étions-nous

 

 

 

soudain nous fûmes chute

vertige des entrailles éclatement des temps

goussets filandreux

déglutition des sols

 

 

 

suspendus, enfin délivrés agravides

le ciel nous apprenait l’œuvre échue

à nos talents

et leurs fruits absous des récoltes

 

 

 

une procession de larmes sylves

séparait les deux moitiés de nos corps

et à nos flans des fantômes éperdus

récoltaient à s’y surprendre

l’ambre gris

perçant hors de nos sommeils

 

 

 

alors oui nous voyions

l’un avait un monde laineux sous les doigts

jouait déjà d’un instrument à feux

l’autre serrait l’aube d’un langage dans les plis de sa joue

tandis que celui-ci feuilletait les venelles de l’Histoire

paré d’inouïs discernements

telle inventait une lumière d’eau,

sa sœur revêtait l’humilité d’un saule aux ablutions de l’ombre

une mère passée en couche

redevenait la légèreté empruntée aux pollens

combien lissait pour la prime fois

enfin

la tempe d’un enfant neuf

ou sculptaient la demeure d’un soleil pierreux

 

 

 

lorsque nous resurgissions

la pourpre d’avoir été

chassait celle de la honte

 

 

 

nous nous souvenions soudain

que nos fronts se mesuraient en empans

de peaux et de sillons

en lieues de friches à ennoblir

jusqu’au Gobi

où sourdaient les murmures faîtiers

les coquelicots de cendres

répandus au sol par des mains

affamées de prodiges

 

 

 

(extrait du recueil « Les fantômes de l’infini peu » inédit)
(photographie : Florence Noël)

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2 réflexions sur “[coquelicots de cendres]

  1. un cri très tendu sur le tendre

    à l’angle de la gorge et du sternum

    émoussé de sanglots

    saluait l’émergence du rêve enclos
    ____________

    Que dire de plus ? ou juste que je n’aurai pas assez de mots pour te faire savoir a quel point tu m’es chère, non seulement parce que tu es toi, mais aussi pour tous tes mots offerts et pour ce don dont tu es possédée, qui va plus loin que la simple possession.

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  2. merci Lise, cela me touche. C’est le texte ultime d’un court recueil écrit il y a bien longtemps. Mais qui me reste cher, toujours là, écrit derrière les autres mots, que je n’arrive pas à étiqueter « périmé » 😉 merci de ton amitié fidèle.

    J'aime

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