Chronique des jours lents – 6 avril

Revenons à nos moutons … Les adeptes visibles et anonymes du populisme sont qualifiés de sceptiques : ils doutent de la Shoah, ils doutent de la détérioration pérenne du climat (et de l’action de l’Homme sur celui-ci) et maintenant ils doutent des mesures de protections contre le Covid dont ils doutent aussi de la virulence.

Sceptique est un joli mot, trop noble pour ceux qui nient la vérité des processus de vie et de mort. Le scepticisme est un processus sain de la pensée critique qui amène à affiner la cohérence, la pertinence et l’authenticité de ce qui fonde nos savoirs. Ne leur laissons pas nous voler un mot utile pour nous protéger de leurs idéologies délétères.

Ne leur accordons pas le doute d’être « climato-sceptiques », là où ils sont « négationnistes du climat », ni d’être « révisionnistes » là où ils sont négationnistes de génocides, ni d’être « hygiénosceptiques » là, où, maintenant, ils sont propagateurs de mort, coupables d’actes criminels en ne se protégeant pas et en disséminant un virus mortel.

Qu’ils en meurent quelques fois n’enlèvera pas à leur culpabilité, elle ne fera que de nous permettre d’avoir quelque compassion envers leur humanité rongée par l’imbécillité du mouton qui se croyait hors norme.

Qu’est-ce qui dans l’esprit de ces simples ou de leurs manipulateurs leur fait adopter des croyances si contraires à la conservation de l’espèce humaine. Je m’interroge. La peur d’abord doit jouer un rôle : puisque la réalité est trop effrayante ou nous remet trop en question, alors refusons-la. Pour cela intervient le deuxième facteur (qui en découle) : l’ignorance. Le monde est complexe, incompréhensible et impossible à contrôler, on ne peut que subir, c’est intolérable. Donc, simplifions-le, et imposons la domination du simple sur le complexe. Un simple dessein vaut mieux que des longs discours élaborés. Remplaçons la sagesse stoïcienne par la folie du verbe creux. Le troisième : l’inversion de l’exclusion. Puisque nous sommes exclus de la compréhension du monde, excluons ces élites qui inévitablement nous manipulent. Excluons aussi les plus faibles qui certainement nous enlèvent le peu qu’on a.

Boris Johnson a parlé d’immunité de horde ou de groupe, il y a deux semaines tout en serrant des mains aux malades. Il a choppé le Covid il y a dix jours. Il est sous assistance respiratoire aujourd’hui. Il a droit à ma compassion en tant qu’être humain et comme je lui reconnais son humanité entière, il devra aussi répondre au jugement des Britanniques pour avoir laissé d’autres êtres humains mourir par milliers par idéologie populiste. S’excuser, jouer les étonnés ou avouer son erreur passée ne devra pas, ni lui, ni Trump, ni de Bolsonaro, ni Bart de Wever (qui rechignait à appliquer les premières mesures de distanciation sociale de peur d’un « bain de sang économiques » à Anvers et qui maintenant attaque le gouvernement sur la tiédeur de ses règles de confinement), ni tous ces manipulateurs d’électeurs moutons, les exonérer de payer pour leurs crimes. Car eux ont le pouvoir : ils devraient être de l’autre côté de la peur, avec l’aide du savoir et en faisant partie de ces élites qu’ils conspuent ou méprisent. Eux, n’ont aucune excuse.