mon corps tient en lui des fragments de tant d’histoires

mon corps tient en lui des fragments de tant d’histoires, ni poing fermé, ni main tendue, récipient à la dérive, ce corps cahote de moins en moins léger, sac d’ouates lesté de limailles

ces histoires… des éclairs algueux, des cordelettes, tantôt attachées, tantôt dénouées, personne pour en remonter le fil, des histoires ni à donner, ni à prendre, parce qu’hors corps elles seraient à l’évidence étranges, à l’accent trouble, à la peau apatride….

mon corps traître à sa substance, à son essence, que je véhicule de lieux en heures, avec des surfaces douloureuses comme rempart

j’ai vu le ravaudeur d’histoires sur la place, on dit qu’il fait des miracles, on dit qu’on s’épaissit et qu’on s’allège tout à la fois à lui parler

il me suffirait pourtant d’une simple direction, d’un mouvement certain, pour que tout en mon corps s’assemble et conjure l’impesanteur des mots, l’innocuité de la mémoire

pour lever de nouveau la lanterne depuis les bois de l’enfance